Carnets
  • (dans la cour) #24 – Prosper
    Je n’ai pas perdu d’amis mais dans la famille les gens qui ne pouvaient pas assister aux obsèques, c’est quand même bizarre. Ça fait mal au cœur que les gens ne puissent pas dire au revoir aux parents, aux amis qui sont partis à ce moment-là. Il faudrait que ce soit autorisé quand même d’assister aux obsèques de ses proches.
  • (dans la cour) #23 – Marie-Christine
    Quand je fais mon jogging, je fais le tour complet de tous les petits trottoirs qui bordent cette cour et comme c’est ennuyeux de compter combien de tour je fais, j’ai dans ma poche des boutons, j’en ai une dizaine. A chaque fois que je fais un tour complet je change un bouton de poche. Le bouton passe de la poche gauche à la poche droite et comme ça jusqu’à épuisement des boutons dans ma poche. C’est mon côté petit poucet. Quand la poche gauche est vide, j’arrête de courir !
  • (dans la cour) #22 – Camille
    J’ai passé les trois premières semaines de confinement avachie sur mon canapé à regarder Instagram. Ca m’est arrivé, pendant quelques jours de regarder Instagram pendant cinq heures. Ce qui est assez maladif et vraiment très très nocif pour moi. C’est devenu une addiction. Je me suis rendue compte au bout d’un temps que mon téléphone c’était moi. C’est à dire que, en général, beaucoup de gens disent que le téléphone n’est pas censé apparaître dans les rêves alors que le mien apparaissait dans les miens. J’avais toujours mon téléphone dans ma poche. Je le connaissais par cœur. J’ai fait une petite pause des réseaux, et ça m’a fait du bien. Maintenant j’y retourne mais je vois plus ça comme une activité, un jeu, et pas comme un outil un peu tout le temps.
  • (dans la cour) #21 – Luc-Antoine
    Je trouve que ça s’est plutôt passé harmonieusement. On découvre des gens avec qui on n’aurait peut-être jamais parlé autant avant. Il y a une espèce de douceur conviviale. Chacun respecte le confinement malgré ce que dit le gouvernement qui a toujours tendance à montrer du doigt les mauvais français qui confinent mal. Moi je trouve que la copropriété confine bien et plutôt en harmonie. Le confinement m’a fait prendre conscience qu’on n’a pas nécessairement besoin de courir après le temps.
  • (dans la cour) #20 – Sophie
    J’ai fait une chorale avec les voisins. Ça c’était super ! Tout d’un coup les voisins avaient envie de bruit, de son, de musique. Peut-être parce qu’il y avait moins de bruit dehors ? Et ça c’était extraordinaire. Parce que c’est vrai que cette cour on n’a jamais osé tellement l’occuper avec de la musique. On avait toujours peur de déranger les voisins. Et là tout d’un coup on nous demande de faire des concerts, on nous demande de chanter. On chante tous les soirs ensembles et les gens de la chorale sont tristes si on ne le fait pas ! Je ne sais pas quand est-ce qu’on va arrêter ; ça se trouve on arrêtera jamais ! on va chanter tous les soirs, toujours !
  • (dans la cour) #19 – Fatemeh
    Dans le cadre du confinement j’ai trouvé un rythme, alors qu’avant je n’en avais pas. Je suis contente, le matin je marche, je fais un peu de gym, j’essaye de lire, de regarder les films. Avant j’avais envie de sortir tout le temps, et je sortais. Maintenant je fais beaucoup plus de choses à la maison que je faisais avant. Je ne peux pas dire que le confinement est désagréable pour moi.
  • (dans la cour) #18 – Eloïse
    La cour est grande, avec un cercle, et plein d‘endroits différents : un endroit devant où on est au soleil et c’est agréable, et un endroit derrière où on est à l’abri du regard des adultes, et on peut se dire des secrets tranquillement.
  • (dans la cour) #17 – Marcelle
    Il y a des petites jeunes à côté de chez moi qui me font les courses, des étudiantes qui sont en colocation. Elles sont vraiment adorables, gentilles comme tout. Mes voisins d’en face c’est la même chose : ils sont très aimables, très gentils. On ne peut pas dire qu’on est malheureux, on est quand même bien entourés.
  • (dans la cour) #16 – Pascal
    Comment on a pu se mettre en péril en faisant de tels choix sur l’hôpital ces 15 dernières années ? Qu’est-ce qu’on fait de tout ça maintenant ? Quelles sont les voix qui vont se faire entendre pour se dire « là où on va visiblement ça nous amène dans un gouffre » ? D’un seul coup il se passe un truc du coté de dame nature : c’est toute notre vie qui est en péril, tout notre système économique, tout notre système de santé, tout notre système politique.
  • (dans la cour) #15 – Flore
    Je suis quelqu’un d’assez stressée en général, très énervée, très impatiente etc… et là dès le départ j’ai voulu faire les choses de manière très décontractée, prendre du recul, ça, ça m’a fait beaucoup de bien et J’espère surtout que ça va rester après parce que finalement je me rends compte que je vis bien mieux.
  • (dans la cour) #14 – Nina
    Je viens jouer dans la cour avec mes copines Célia et Alice. On s’occupe des escargots, on fait des vaccins, on les soigne. On a même une reine qui a des rayures. Ce qui est bizarre, c’est que la reine à rayures c’est un escargot que j’avais il y a longtemps et que j’ai retrouvé. Elle a une jumelle et il faut pas les confondre, c‘est difficile. A ces escargots on leur a même fait un jardin, moi si j’étais minuscule j’aurais adoré y être.
  • (dans la cour) #13 – Garance
    Heureusement qu’il y a la cour en fait. Il y a des choses assez belles qui se sont créées. Et puis moi ça m’a permis de renouer avec des voisines avec qui j’avais perdu le contact il y a très longtemps. J’espère que ce ne sera pas comme une vague, qu’on ne fera pas comme si on ne se connaissait plus après, qu’il y aura un lien qui subsistera.
  • (dans la cour) #12 – Ahmad
    Cela a réveillé des sentiments un peu difficiles pour moi, mais je me suis adapté et j’ai commencé à avoir les mêmes réactions. C’était fou pour moi parce qu’après plus de 60 ans, j’ai retrouvé les mêmes réactions. C’est-à-dire que si vous êtes dans un lieu d’enfermement, c’est à vous même, à votre tête, qu’il appartient de l’agrandir, avec des petits gestes : ne pas marcher toujours dans la même direction, changer de direction, ne pas regarder le mur en face pour essayer de trouver des petits angles où il y a un changement.
  • (dans la cour) #11 – Elisa
    Je n’ai rien fait d’inhabituel pendant ce confinement, c’est dommage parce que j’aurais voulu en profiter pour faire des choses : on nous a dit que ça allait être long et ennuyeux mais en fait avec les enfants je n’ai pas une seconde et tous les trucs que je m’étais dit que je ferai en début de confinement à savoir apprendre à ma fille à faire des iles flottantes, lire un livre, regarder l’intégrale de je ne sais quel réalisateur, et bien j’ai absolument pas eu le temps de les faire.
  • (dans la cour) #10 – Andreï
    Je me sens plutôt bien, je me dis que ça finira bien par finir. On finira bien par retourner dehors et puis voilà. Il faut juste faire attention. Si on fait attention, il n’y a pas de risque qu’on attrape le coronavirus. Je ne suis pas inquiet, je n’ai pas peur.
  • (dans la cour) #09 – Christophe
    Mon rapport aux autres dans la cour varie selon mes humeurs, et mon état de forme. Il est extrêmement variable. Il peut être un peu tendu, il peut y avoir des choses qui m’énervent. C’était surtout le cas en début de confinement, je me disais les gens ne sont pas très sages, ils ne sont pas très sérieux.
  • (dans la cour) #08 – Lilas
    Au début on respectait vraiment les gestes barrières. Je me souviens que Léon voulait jouer avec nous au badminton et que mon frère et moi on l’avait violemment repoussé mais à partir du moment où on a commencé à descendre avec Liouba, on a vite été très tactile, on riait, on n’arrêtait pas de se chamailler. Avec les autres je respecte les distances.